Liquidité, spread et glissement sur un marché prédictif
Le point milieu n’est pas ton prix. Exemple : acheter 100 parts à 0,456 puis revendre au bid à 0,40 perd 5,60 avant frais. Méthode, limites et calculs.
Dans ce guide
Le prix affiché n’est pas ton prix d’exécution
Sur un marché prédictif, le prix que tu vois est souvent le point milieu, c’est-à-dire la moyenne entre le meilleur bid (le prix auquel quelqu’un accepte d’acheter) et le meilleur ask (le prix auquel quelqu’un accepte de vendre). Ce point milieu sert à l’affichage, pas à garantir une exécution. Quand l’écart entre bid et ask, appelé spread, dépasse 0,10, la plateforme peut afficher à la place le dernier prix traité. Le prix que tu obtiens réellement dépend des ordres présents dans le carnet à cet instant et de la taille que tu demandes. Un ordre au marché consomme plusieurs niveaux de prix : tu subis alors un glissement, ou slippage, qui est la différence entre le prix que tu visais et le prix moyen que tu paies réellement.
Sépare 3 informations qui n’existent pas au même moment. D’abord le point milieu ou le dernier prix traité. Ensuite la profondeur du carnet, c’est-à-dire la quantité disponible à chaque niveau de prix de chaque côté. Enfin l’horodatage de ton observation : un point milieu lu à 10h00 puis exécuté à 10h02 s’appuie sur une référence périmée. La liquidité affichée et le volume échangé sur la journée sont 2 mesures différentes : un marché peut afficher un gros volume historique et n’avoir presque rien dans le carnet maintenant. Et une valeur absente ou figée n’est pas zéro : elle est inconnue, et doit être traitée comme inconnue.
Exemple chiffré : acheter puis revendre 100 parts
Imagine un carnet illustratif : meilleur bid à 0,40, meilleur ask à 0,44. Le point milieu affiché est 0,42 et le spread vaut 0,04. Tu veux acheter 100 parts. Le premier niveau d’ask ne propose que 60 parts à 0,44 ; le reste doit être pris à 0,48. Le coût total est 60 × 0,44 + 40 × 0,48 = 26,40 + 19,20 = 45,60, soit un prix moyen de 0,456. Dans ce carnet, le point milieu de 0,42 n’est exécutable pour aucune de ces quantités. Acheter 60 parts coûte 0,44 par part ; acheter 100 parts coûte en moyenne 0,456.
Si tu revends immédiatement ces 100 parts au meilleur bid de 0,40, tu récupères 40,00 avant frais. La perte brute est 45,60 − 40,00 = 5,60. Décomposons-la proprement par rapport au bid de sortie : 60 × (0,44 − 0,40) = 2,40 sur le premier niveau, et 40 × (0,48 − 0,40) = 3,20 sur le second, pour un total de 5,60. On peut aussi la lire par rapport au meilleur ask : 1,60 de glissement pur (40 parts × 0,04 au-dessus de l’ask) plus 4,00 de spread sur les 100 parts (100 × 0,04). Les 2 lectures donnent 5,60, et c’est exactement pourquoi le point milieu, le dernier prix traité et la profondeur du carnet doivent être horodatés séparément.
| Étape | Quantité | Prix | Montant | Prix moyen cumulé |
|---|---|---|---|---|
| Achat niveau 1 | 60 | 0,44 | 26,40 | 0,440 |
| Achat niveau 2 | 40 | 0,48 | 19,20 | 0,456 |
| Total achat | 100 | 45,60 | 0,456 | |
| Revente au bid | 100 | 0,40 | 40,00 | 0,400 |
| Perte brute avant frais | 5,60 |
Ce que change la taille de ton ordre
L’écart entre point milieu et prix moyen dépend directement du rapport entre la taille demandée et la profondeur disponible. Pour 60 parts, le prix moyen serait 0,44. Pour 100 parts, il monte à 0,456. Toute extrapolation au-delà de ces tailles, par exemple à 200 parts, dépendrait d’un troisième niveau de prix que l’exemple ne fournit pas : elle serait hypothétique et devrait être vérifiée sur un vrai carnet horodaté. Le glissement n’est donc pas une propriété fixe du marché : c’est une relation entre ta taille et la forme du carnet à un instant donné.
Un ordre limite te protège partiellement : tu fixes le prix maximum que tu acceptes de payer, mais rien ne garantit le remplissage, surtout si le carnet se vide ou si le prix bouge. Un ordre au marché favorise l’exécution mais laisse le prix final dépendre de la profondeur restante. Avant de choisir, demande-toi si tu peux accepter un remplissage partiel ou un prix moyen supérieur à ta limite.
Lire les données de marché sans te tromper
Les détails d’un marché incluent la question, les résultats possibles, les prix des résultats, les identifiants de jetons, l’activité, la date de clôture, l’acceptation des ordres, la liquidité et le volume. Ces tableaux sérialisés peuvent demander un parsing avant usage. Conserve toujours la date d’observation du prix : un prix sans horodatage n’est pas vérifiable. Et ne remplace jamais une valeur manquante par zéro, car une information absente n’est pas la preuve d’une absence de liquidité.
L’authentification pour trader est distincte de l’accès public en lecture aux données de marché. Tu peux donc consulter un carnet sans être connecté, mais passer un ordre exige un compte et des permissions spécifiques. Cette séparation compte pour ta méthode : l’observation peut rester publique, l’exécution doit être explicitement autorisée.
Un protocole illustratif avant chaque ordre
Ce protocole est un exemple de méthode, pas une étude empirique. Avant d’envoyer un ordre, note le meilleur bid, le meilleur ask, le spread, la profondeur à chaque niveau, la taille que tu veux traiter et l’horodatage de l’observation. Simule la consommation des niveaux pour obtenir un prix moyen attendu, puis compare-le à ta limite personnelle. Si le prix moyen dépasse ta limite, réduis la taille, découpe l’ordre ou renonce.
Un tableur suffit : une colonne pour le niveau de prix, une colonne pour la quantité disponible, une colonne pour le coût cumulé. La dernière colonne te donne le prix moyen réel pour chaque taille. Tu verras que ce prix moyen augmente avec la taille, et que le point milieu ne correspond qu’à la toute petite taille. Les frais éventuels s’ajoutent ensuite, et il vaut la peine de comprendre les frais d’un marché prédictif avant de comparer 2 marchés.
Limites et cas perdant
L’exemple suppose un carnet statique pendant l’exécution. En pratique, d’autres ordres peuvent arriver, être annulés ou déplacer le bid et l’ask entre ton observation et ton envoi. Le glissement réel peut donc être meilleur ou pire que celui calculé. Un marché dont le spread dépasse 0,10 peut afficher le dernier prix traité, qui correspond au prix de la dernière transaction, à distinguer de la cotation actuelle : t’en servir comme référence pour un ordre au marché peut te faire surestimer ou sous-estimer fortement le coût réel.
Le cas perdant est explicite : acheter 100 parts à un prix moyen de 0,456 puis les revendre au bid de 0,40 avant frais laisse une perte de 5,60, soit 2,40 + 3,20 selon les niveaux. Tant que le bid reste à 0,40, cette perte est mécanique, pas une malchance. Les frais ne feraient qu’aggraver l’écart. Un trader qui ne vérifie pas la profondeur peut croire que le point milieu de 0,42 est son prix d’entrée et se tromper de plusieurs centimes par part.
Décider pour la suite
Avant de traiter un marché, décide si tu prends ou si tu fournis la liquidité. Un preneur paie le spread et subit le glissement ; un faiseur place des ordres limite en espérant être rempli sans traverser le carnet. Le choix dépend de ton horizon, de ton besoin de certitude d’exécution et de ta capacité à attendre. Pour un ordre urgent, le preneur accepte un prix moyen plus élevé. Pour un ordre patient, le faiseur accepte un risque de non-exécution.
Pense au coût complet de l’aller-retour : entrée au prix moyen, sortie au bid, puis frais éventuels. L’écart entre ton prix moyen d’achat et ton prix de sortie devient ton seuil de rentabilité minimum. Si ce seuil te paraît trop élevé, réduis la taille, attends une meilleure profondeur, ou change de marché. La liquidité n’est pas une propriété abstraite : c’est le prix que tu paies pour entrer et sortir. Cette logique s’applique aussi à la revente d’une position avant échéance et à la valeur attendue d’un pari, qu’il faut lire avec le même seuil.
Sources et vérification
Sources consultées
Sources consultées
Rédaction PolyZeno. Relecture automatisée avec DeepSeek V4.1 Flash.